Quel développement face à la crise environnementale globale ? 
Auteur : Jean-Michel Severino
Date : November 21st, 2007
Commentaires : 7
Je reviens du Kenya. L’AFD y finance, avec notamment la Banque mondiale et la BEI, un spectaculaire programme d’investissement du gouvernement en géothermie, qui constituera l’essentiel des nouvelles capacités de production d’énergie installées au Kenya. Dans ce pays, le mix énergétique d’une croissance qui s’annonce vive dans la prochaine décennie sera très pauvre en carbone.
En admirant les grandioses paysages de la vallée du Rift où courent les pipes de vapeur installés par Kengen, l’énergéticien kenyan, et ses remarquables centrales propres, j’ai réfléchi à l’ensemble de nos actions en les confrontant à cet ambitieux programme. La conviction s’est emparée de moi qu’assurément la communauté du développement n’est pas encore à la hauteur des enjeux colossaux que représente la crise environnementale globale à laquelle nous sommes confrontés, et ce alors même que nous disposons d’outils de plus en plus efficaces pour y remédier.
Nous venons certes de loin en matière de protection de l’environnement : la communauté internationale a longtemps été handicapée dans sa réponse à ce défi d’un ordre nouveau, ne disposant ni de fondement théorique consensuel, ni d’outils opérationnels satisfaisants, et moins encore de structure de gouvernance internationale permettant de coordonner les initiatives de gestion des ressources naturelles à l’échelle internationale.
Mais un tournant a eu lieu ces toutes dernières années : la publication d’une série d’études convergentes a permis d’intégrer les contraintes environnementales dans l’analyse économique dominante. Dans Où est la richesse des nations ?, la Banque mondiale a développé l’idée que le capital naturel des pays pauvres fait partie intégrante de leur patrimoine national, avec ce que cela implique en termes de valorisation et de préservation. L’Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire a tracé un lien direct entre environnement et développement économique, en indiquant que la dégradation de l’environnement peut saper les fondements mêmes de la croissance, affectant en premier lieu les populations les plus démunies. Enfin, les travaux du GIEC ont fourni des estimations des impacts régionaux et mondiaux du réchauffement climatique, le rapport de Nicolas Stern allant jusqu’à chiffrer le coût de l’inaction – qui pourrait atteindre jusqu’à 20 points du PIB mondial si la communauté internationale ne parvient pas à investir un pourcent de son PIB annuellement dans la réduction des émissions de gaz à effets de serre.
Les contraintes environnementales, autrefois largement exogènes à nos modèles de croissance économique, sont donc en train d’être intégrées à notre cadre d’analyse du développement. Nous disposons en quelque sorte aujourd’hui des fondements scientifiques nécessaires à la mobilisation politique. Mais nous avons aussi en nos mains une panoplie d’outils de plus en plus efficaces pour traiter cet espace laissé trop longtemps orphelin, à l’intersection entre le développement socio-économique des pays les plus pauvres et la préservation de l’environnement.
Désertification, appauvrissement des sols, assèchement de puits : nous savons que les pays les plus démunis (et en leur sein les populations les plus fragiles) sont les premières victimes du changement climatique et de la dégradation de l’environnement. Des mécanismes d’adaptation et des outils d’assurance de ces populations ont été développés ces dernières années, et je crois que nous ne sommes qu’au début des projets permettant de protéger les populations les plus fragiles contre les aléas climatiques. Les besoins de nos interlocuteurs au Sud sont tels qu’il est crucial de développer davantage notre offre de services de ce type.
Première victime des dégradations de l’environnement, le monde en développement se trouvera aussi demain, du fait de son rattrapage économique et de sa croissance démographique, largement à l’origine de la dégradation de l’environnement mondial. La Chine aurait cette année dépassé les Etats-Unis comme principal émetteur de gaz à effets de serre. C’est donc aussi dans le monde en développement que se jouera la bataille contre le réchauffement climatique. Soyons-en persuadés, l’humanité suffoquera si les pays émergents suivent la trajectoire d’industrialisation suivie au XIXème siècle par les pays du Nord. Ce n’est pas qu’un sujet de pays émergent, toutefois : l’Afrique, du double fait de sa croissance démographique et de la reprise de sa croissance économique, sera aussi à l’origine d’une accélération du réchauffement climatique. Combattre les émissions de CO2 concerne aussi les pays les plus pauvres. On ne peut pas établir un agenda stratégique segmenté entre l’adaptation, réservée aux seuls pays pauvres, et l’atténuation, apanage des pays émergents et des pays développés. Des outils de coopération existent entre ces derniers et les pays pauvres, à l’image des « mécanismes de développement propre » par lesquels des entreprises du Nord aident des acteurs du Sud à réduire leur empreinte environnementale. L’aide publique au développement (APD) joue aussi un rôle important en finançant en priorité des projets d’énergie propre ou en s’investissant de manière croissante dans l’agenda urbain, appelé à devenir un terrain de lutte prioritaire face à la multiplication de grandes mégalopoles pauvres et inefficaces en termes énergétiques. Mais, si ces projets ont des impacts significatifs, ils demeurent encore trop modestes pour être significatifs à l’échelle qui compte, c’est-à-dire au niveau mondial.
Enfin, je suis persuadé que certains des pays les plus pauvres de la planète feront nécessairement partie de la solution de la crise environnementale mondiale : une poignée de pays en développement sont par exemple les gardiens de la forêt tropicale, qui fournit tant de services à l’humanité – la séquestration du carbone et la protection de la biodiversité pour ne citer que les plus évidents. Des méthodes prometteuses ont été développées qui pourraient permettre à ces pays, parfois très pauvres, de jouer pleinement leur rôle de protecteur d’un patrimoine commun sans pour autant sacrifier leur développement économique. Le « paiement pour services écologiques rendus », qui se développe de façon croissante au niveau local (par exemple au Costa Rica), est selon moi une des voies d’avenir pour organiser collectivement la protection des ressources environnementales mondiales les plus essentielles à la planète dans son ensemble. Elle pourrait notamment contribuer à combattre la déforestation. Là aussi, en attendant des mécanismes innovants globaux, l’APD, en finançant la conservation des forêts, des eaux et des sols, joue un rôle pionnier.
Si nous disposons dorénavant d’un socle théorique solide liant développement et protection de l’environnement, ainsi que d’outils efficaces pour travailler à la compatibilité des exigences de croissance et de protection de l’environnement, sommes-nous alors en bonne voie pour traiter ce que j’ai appelé la « crise environnementale globale » ? Il me semble malheureusement que nous en demeurons loin. Face à un problème classique de la « tragédie des communs », il nous manque aujourd’hui une jambe essentielle au triptyque de l’action collective internationale : celle d’un système de gouvernance internationale de l’environnement capable de porter les nombreux projets fructueux à une échelle significative pour l’environnement mondial.
Pascal Lamy partageait son espoir, lors de l’inauguration de ce blog, que cet outil constitue aussi un espace d’échange d’expériences sur ce qui marche, et ce qui marche moins en matière de développement. S’il est un domaine où ces échanges peuvent aujourd’hui être fructueux, c’est bien celui-ci. Les outils que sont le paiement pour services écologiques, les mécanismes d’assurance et d’adaptation pour les populations les plus exposées aux dégradations de l’environnement, la gestion de l’urbanisation galopante ainsi que les projets de développement propre associant acteurs du Nord et du Sud sont, d’après moi, autant de pistes prometteuses que nous devrons poursuivre de front.
JMS
Phillip Huggan
Date : March 25th, 2008 02:05:53
It was just discovered today that IPCC probably underestimated the warming effects of soot by 4X. Providing money for manufacturing facilities to make $10-$15 clean burning stoves is good for the health of 3rd world civilians. It is also the fastest way to limit climate change. Soot is removed from the atmosphere within weeks whereas CO2 is there for centuries.
The prime mandate of the UNDP/UNFCCCC should be to find a way to distribute cheap clean burning stoves to those who are now using indoor open fires for cooking. Perhaps ensuring local manufacturing facilities is necessary, I don’t know. Weeks matter here; there is the opportunity for quick action!
Frédéric Lefebvre-Naré
Date : January 9th, 2008 11:00:44
Billet très intéressant, merci.
Il me reste l’impression que les mécanismes de base de l’économie mondiale pourraient intégrer, mais n’intègrent pas encore l’objectif de sauvegarde de la planète. Serait-il si compliqué de faire payer le carbone à la sortie du sous-sol et de rémunérer sa captation de l’atmosphère, par exemple ?…
Francois Nicoullaud
Date : January 8th, 2008 08:17:31
Jean-Michel Sévérino, après bien d’autres, relève que la Chine est aujourd’hui le premier émetteur de CO2 de la planète.
Ceci m’amène à signaler qu’un centre britannique de recherche sur les changements climatiques vient de mette en valeur un phénomène encore peu pris en compte.
L’augmentation rapide des émissions chinoises est principalement due, on le sait, à l’entrée en activité de nombreuses centrales au charbon destinées à alimenter une croissance économique d’environ 9% par an en moyenne depuis 20 ans.
Mais 34% de la production chinoise est destinée à l’exportation, pour l’essentiel en direction des pays développés. Son bilan importations-exportations fera probablement apparaître en 2007 un excédent de l’ordre de 200 milliards de dollars.
C’est dire qu’une partie significative des émissions chinoises de CO2 est en fait destinée à alimenter le marché européen et américain en produits manufacturés bon marché. Entre autres exemples, le marché britannique, à lui seul, a absorbé à Noël environ 50.000 tonnes de jouets fabriqués en Chine.
Pour 2004, la dernière année où l’on dispose de statistiques détaillées, l’on peut estimer à un milliard de tonnes de CO2 l’excédent d’émissions chinoises dû à ses exportations nettes. C’est presque l’équivalent des émissions totales du Japon au cours de la même année, presque le triple des émissions françaises.
Quel est l’intérêt de cette approche? d’abord d’ouvrir la réflexion sur la part prise par chaque pays dans les émissions mondiales de CO2 : pour bien prendre en compte la responsabilité de chacun, cette part pourrait intégrer le bilan, positif ou négatif, de son commerce extérieur, et être ainsi calculée sur la consommation totale de biens par sa population, pas uniquement sur sa production.
Ce qui amène au raisonnement suivant. Les pays à économie avancée absorbent de plus en plus de produits importés du monde en développement, dont les fabrications sont économes en coût de main-d’oeuvre mais gourmandes en énergie. Ceci pèse sur leur marché du travail, mais profite aux consommateurs. Ils devraient donc, certes engager plus fermement les pays en développement à améliorer les conditions de travail et de protection sociale de leur population, mais aussi les aider plus activement à mettre en valeur des sources d’énergie de plus en plus économes en CO2.
Gopi K Khanal
Date : January 1st, 2008 12:45:09
Dear Sir
I would like to add something about the development realities in the context of developing countries. The major issues of development in the developin g world is that we have plan without planning , we have government without governance , we have donors with distribution without leader of empowerment , we are relying on imported knowledge without utilising local stock of knowledge. The development will happen not by aid or distribution but by creating sloid institions and by market and people access freely all over the world. If developed countries are serious on the global development they have to help to build i nstitution in the developing world , they have to open their country for the people and products of developing nations . They cannot survive in a guarded palace for a long time. We all have to be a genuine global citizen to fix up the gloval issues .
Gopi K Khanal
Ministry of Local Development
Kathmandu
Nepal
Antoine
Date : December 27th, 2007 04:13:17
Que retenir de la conférence de Bali qui s’est achevée il y a une quinzaine de jours ?
C’est d’abord la déception des observateurs européens et leur sentiment d’impuissance face à la position des Etats-Unis, qui gardent en permanence le pied sur le frein. Du point de vue des médias, l’absence d’objectif explicite et quantifié de réduction d’émissions dans la feuille de route tant attendue constitue une victoire des Etats-Unis.
Mais une victoire partielle, la conférence ayant tout de même permis plusieurs avancées significatives : tout d’abord la feuille de route acte de la nécessité d’objectifs « mesurables, rapportables et comparables », préalable indispensable à la mise en œuvre d’un processus collectif efficace, mais que les Etats-Unis avaient toujours rejeté ; et puis ces fameuses recommandations chiffrées ne sont pas totalement absentes (une note de bas de page dans le préambule renvoie aux conclusions du rapport du GIEC qui en font mention) ; enfin la volonté des pays du Sud, et de la Chine en particulier, de participer à l’effort commun marque un progrès historique dans les négociations.
Ces trois points sont largement repris par les analyses les plus optimistes, qui y voient des signes encourageants, anticipant par ailleurs sur un tournant de la politique climatique étatsunienne à l’issue des élections présidentielles de 2008.
Mais en relisant les comptes-rendus de Bali je me dis : Tout de même… 10 ans depuis Kyoto pour en arriver là ?
Nous avons conscience des enjeux, dont nous maîtrisons aujourd’hui les fondements théoriques, nous connaissons un certain nombre d’outils susceptibles d’orienter nos trajectoires de croissance dans des directions plus respectueuses de l’environnement. Quels sont les obstacles à la mise en œuvre d’actions concrètes à la mesure du phénomène ? Pourquoi tant d’inertie face à un menace à la fois aussi urgente – l’accélération du processus a été soulignée à Bali : la banquise fond trois fois plus vite que prévu – et pour laquelle des remèdes existent et sont de mieux en mieux maîtrisés ?
Les écueils rencontrés par la mise en œuvre des marchés de droits d’émission nous ont montré combien le passage de la théorie à la pratique pouvait être ardu. Je rejoins Mustapha sur sa critique du marché européen de crédits carbone, décrédibilisé par des résultats mitigés sur les plans de l’efficacité économique et environnementale. Quant au Mécanisme de Développement Propre (MDP), largement décrié depuis son entrée en vigueur en février 2005, il n’a pas réussi à s’imposer comme un instrument performant. Ses 3 ans d’existence n’ont permis de générer que 100 million de crédits d’émissions, à peine l’équivalent de ce que les Etats-Unis émettent en une semaine, et en grande partie issus méthodologies largement controversées, avec 43% des crédits MDP actuellement en circulation acquis à bon compte par incinération du HFC 23 (un sous-produit de l’industrie des réfrigérants dont le pouvoir de réchauffement est environ 12 000 supérieures à celui du CO2 et dont la destruction génère des quantités considérables de « crédits au rabais », entraînant une distorsion de marché et une incitation pour les industriels à augmenter leur production de réfrigérant). Gageons que les avancées de Bali concernant la mise en œuvre du MDP lui seront salutaires. Beaucoup d’efforts sont encore nécessaires pour bâtir un marché unique du carbone reposant sur des mécanismes transparents et efficaces.
Ces dernières années ont été riches en enseignements : d’une part nous voyons combien les instruments issus de Kyoto sont perfectibles, d’autre part ces difficultés nous rappellent qu’il n’y a pas de réponse unique et nous invitent à prendre en considération toute l’étendue de la palette d’outils dont nous disposons et à ne pas placer l’ensemble de notre action sous l’emprise des impératifs du marché.
Une des limites qu’il est urgent de dépasser est la prédominance des logiques de projet dans les actions de lutte contre le changement climatique. Si l’intégration d’approches programme, aux détriments des approches projet traditionnels, est une quête chère à la communauté du développement dans l’ensemble de ses domaines d’intervention, elle est particulièrement prioritaire dans celui du climat. Car un projet isolé a à la fois l’avantage et le défaut de produire des résultats quantifiables. L’avantage, car il permet de rétribuer avec discernement le bienfait environnemental qu’il induit, et le défaut, car son impact est limité et sera dilué dans l’ampleur des évolutions globales. Or nos courbes toujours croissantes d’émissions de gaz à effet de serre n’ont pas besoin de dépressions isolées, mais de véritables points d’inflexion, qui leurs permettent de trouver des trajectoires plus soutenables pour l’environnement. C’est à travers une telle logique de processus et d’évolutions structurelles qu’il sera effectivement possible de donner plus de valeur à ce qui préserve notre planète qu’à ce qui contribue à l’asphyxier. Et les pouvoirs publics disposent d’une large gamme de leviers, qu’ils soient réglementaires, financiers ou budgétaires, pour mettre en place les incitations économiques nécessaires à ce changement de paradigme.
Les réponses se trouveront donc dans la diversification des outils, en combinant instruments de marché et interventionnisme public, et dans l’implication de l’ensemble des pays, du Nord comme du Sud. Mais la mobilisation du monde en développement face aux défis du
climat est d’abord conditionnée par la capacité qu’auront les pays du Nord à apporter des réponses plus consistantes aux deux questions sur lesquelles le Sud les attend : d’une part celle de l’adaptation aux effets du changement climatique et de son financement, qui repose encore sur le « fonds pour l’adaptation » mis en place à Nairobi en 2006 (un fonds qui pourrait atteindre 300 à 500 millions de dollars d’ici 2012 grâce à des ponctions sur les revenus issus du MDP alors que le PNUD estime à 86 milliards de dollars par an les besoins nécessaires d’ici 2015) ; d’autre part celle des transferts de technologie, car comme l’a souligné le représentant de la délégation indienne à Bali « la manière dont nos nous acquitterons de nos responsabilités dépendra de la manière dont ils assureront les transferts de technologie et leur financement ».
La levée des barrières aux transferts de technologie, l’adaptation et son financement, de même que l’efficacité des marchés du carbone et l’accompagnement des politiques publics en matière de réduction d’émissions impliquent – et c’est déjà un leitmotiv des contributions à ce blog sur le sujet du climat – la mise en place de structures de gouvernance dont la communauté internationale est encore démunie. Il faudra sans doute accepter de pénétrer d’avantage le pré carré des souverainetés nationales pour assoir le cadre d’une réponse efficace à la menace la plus globale qu’ait connue l’humanité
Si les 10 ans qui se sont écoulés depuis Kyoto nous ont permis d’acquérir une meilleure compréhension du phénomène et d’expérimenter différents instruments de réponse, la conférence de Bali nous a fixé un agenda clair et un cadre de travail pour s’accorder sur les actions à entreprendre. Les deux années qui nous séparent de la prochaine étape, en 2009 à Copenhague, seront décisives pour le climat.
Mustapha
Date : December 10th, 2007 06:29:43
Bonjour,
Non, décidément « la communauté du développement n’est pas encore à la hauteur des enjeux colossaux que représente la crise environnementale globale ». La communauté internationale non plus. La conférence en cours à Bali nous donne un exemple frappant. Elle m’a inspiré un petit papier, qui n’engage que moi, mais que je souhaite partager avec vous.
Bali : un échec programmé ?
Plusieurs signes positifs devraient pousser à l’optimisme les milliers de délégués de la conférence internationale sur le changement climatique qui se réuniront dans quelques jours à Bali.
Qu’on en juge !
L’élection d’un nouveau premier ministre australien qui annonce son intention de mettre fin au splendide isolement de son pays en rejoignant la communauté internationale signataire du Protocole de Kyoto.
L’administration américaine actuelle est de plus en plus isolée sur le plan intérieur, l’ensemble des candidats crédibles même parmi certains républicains s’étant clairement prononcés pour une action plus volontaire de réduction de gaz à effet de serre, y compris à travers un processus international multilatéral.
Les pays de l’OPEP avec un baril qui frôle les 100 dollars sont dans une position moins affaiblie qu’ils ne furent dans le passé. Ils vont devoir se rendre également compte que le programme de réduction des gaz à effet de serre et donc de consommation d’énergie n’est pas de nature, au contraire, à mettre en danger le modèle économique d’un pays exportateur.
Les principaux verrous qui empêchaient les négociations d’avancer véritablement ayant sauté, la voie semble ouverte pour un approfondissement du dialogue et l’émergence d’un consensus autour du principe de la Convention d’engagement commun mais différencié.
Cependant ce faisceau de bonnes nouvelles ne suffit malheureusement pas à annoncer l’hirondelle d’une nouvelle gouvernance mondiale du climat.
En cause ? le leadership européen !
En effet, l’Europe, depuis le départ des Etats-Unis de la table des négociations a été la seule à tirer véritablement le lourd wagon de Kyoto, soutenue par une opinion interne largement acquise à la cause du climat. Sans revenir sur l’attitude européenne qui pendant le mandat Clinton avait si ce n’est violement rejeté au moins mollement accepté le principe d’introduire des mécanismes de marché dans le système de réduction, a depuis le retrait des américains commis au moins trois erreurs qui pourraient lui coûter son leadership à Bali.
Tout d’abord, la mise en place d’un marché interne européen de crédits carbone visait à montrer d’une part que l’Europe s’engageait sérieusement sur ses objectifs de réduction et d’autre part qu’elle entendait démonter concrètement la faisabilité d’un marché carbone. Or que voit-on aujourd’hui ? Mis à part quelques entreprises qui ont les moyens et les capacités de jouer le jeu, les industries européennes constatent l’imposition d’une nouvelle taxe carbone qui handicape leur compétitivité internationale, les effets bénéfiques du marché étant largement contre balancés par une bureaucratie tatillonne qui a tendance à sacrifier l’efficacité économique du système à la préservation à tout prix de son intégrité. Plus grave est la perception de nos partenaires : vu du Nord notre système apparaît inefficace car il n’a pas permis de réduire substantiellement les émissions. Angela Merkel s’en est émue récemment en déclarant « Certains Etats membres ont augmenté de manière drastique leurs émissions de CO2 et menacent ainsi l’objectif de réduction d’émissions que s’est fixée l’UE dans le protocole de Kyoto”[…]une catastrophe en terme de communication quant à notre rôle d’avant-garde ». Vu du Sud et en particulier du côté des pays émergents, le système apparaît coûteux et comme un frein au développement économique.
Par ailleurs, les mécanismes de flexibilité et en particulier le MDP devaient jouer un rôle de premier plan pour convaincre les pays du Sud qu’il est possible de fixer des objectifs de réduction sans sacrifier au développement économique. Or il s’avère que, outre l’incroyable complexité du système et le coût de sa mise en œuvre, les résultats sont loin du compte : les premiers résultats des réductions pour des projets MDP mis en œuvre il y a un ou deux ans sont décevants, inférieurs parfois de plus d’un tiers de ce qui était attendu ! Comment dans ces conditions convaincre les pays émergents que le MDP est une soupape suffisamment efficace pour éviter toute mauvaise surprise ?
Enfin, le prix du pétrole a atteint des niveaux qui ne peuvent qu’impacter les scénarios de développement économique, de consommation de l’énergie et donc des niveaux d’émission. Or on constate que l’Europe au lieu de profiter de l’opportunité historique de ces prix élevés pour approfondir et accélérer sa politique d’efficacité énergétique, est devenue inaudible, laissant s’exprimer les seules réactions défensives des Etats membres. Or une telle attitude ne peut que renforcer le scepticisme des pays émergents qui auront beau jeu de montrer qu’en s’imposant des réductions contraignantes d’émissions, leur pays n’aurait pas plus que l’Europe les moyens de maîtriser le coût de l’énergie.
En conclusion, alors que la voie s’éclaircit au Nord pour l’émergence d’un nouveau leadership associant l’Europe aux Etats-Unis, le grain à moudre à offrir aux pays du Sud doit être suffisamment substantiel pour les convaincre d’aller de l’avant. A cet égard, une remise à plat du contenu de coopération entre Nord et Sud est nécessaire pour que le volet « transfert de technologie » soit soutenue par des mécanismes de financement et de modes opératoires à la mesure des enjeux.
Chris
Date : December 3rd, 2007 09:26:02
Negotiations on climate change are starting in Bali. There is huge pressure on developing nations to adopt binding commitments to reduce their emissions - a step they are refusing to take if it is not accompanied by sufficient technology and financial transfers. But is this not a fair price to pay?
Can we ask China, Indonesia, Brazil, India and African nations to jeopardizie their economic development while industrialised nations continue to release over ten times more CO2 per capita than developing countries?
Western nations can push and shove. But until they offer adequate compensations (i.e. financial and clean technologies transfers) to the South for ‘cleaning up’ their development, the ‘global environmental crisis’ will not be solved. The hurdle for poor countries is just too high.