Modèles de développement et diversité culturelle

Auteur : Abdou Diouf

Date : November 27th, 2007
Commentaires : 6

Modèles de développement et diversité culturelle 

Des premiers échanges intervenus sur ce blog, il ressort clairement que le développement y reste considéré sous un angle avant tout économique. Qu’il s’agisse des Objectifs du Millénaire, de l’aide au commerce, de l’intégration ou de l’intervention de nouveaux acteurs, tout cela relève du même implicite : il faut accroître la production, intensifier les échanges et, bien sûr, améliorer la répartition des richesses ainsi acquises, puisque le développement a pour justification de réduire la pauvreté.Certes des inquiétudes transparaissent : que va-t-il résulter d’un changement climatique que seuls les plus riches s’obstinent à nier ? Que se produira-t-il si les inégalités persistent, voire s’aggravent, y compris dans les pays développés ? Qu’adviendra-t-il si l’aide au commerce débouche sur une marchandisation généralisée des relations entre personnes, entre peuples et sur un appauvrissement des plus faibles?Mais il semble acquis que rien de cela ne remet en cause le modèle général, ou plutôt il semble admis qu’en raison de l’élan pris d’abord par les pays industrialisés, ensuite par les pays émergents, rien ne peut plus défaire ce modèle, qui tolère la régulation des processus d’internationalisation, non leur limitation. Tout concourt à une globalisation qui, afin d’intensifier les échanges de biens et de services, afin aussi de le faire dans la transparence, multiplie les normes, dont l’accumulation constitue rien moins qu’un schéma hégémonique, mais non explicite. 

Dans ce contexte, les problèmes de l’Afrique – sans doute parce qu’ils s’accompagnent de troubles et violences sans cesse renaissants - restent vus comme la manifestation d’un retard, à rattraper impérativement, par rapport au niveau atteint par les autres continents. Imputé par les uns aux conséquences des mécanismes même de l’intégration forcée de l’Afrique à l’économie mondiale – l’esclavage, la colonisation et l’exploitation des matières premières – par les autres à la méconnaissance ou au dévoiement des règles de bonne gestion et de mise en valeur admises par l’ensemble de la communauté internationale, ce retard n’a été que rarement et marginalement examiné comme l’expression d’une possible résistance à un modèle fondé sur la standardisation, l’homogénéité et l’accumulation de richesses matérielles. Parce que ce modèle est en voie de triompher dans des ensembles culturels aussi différents que l’Asie et l’Amérique du Sud, il devrait en aller de même pour l’Afrique. 

Or l’histoire de l’Afrique, de mieux en mieux connue, montre que d’autres réponses furent possibles dans les rapports entre l’homme et la nature, et entre sociétés humaines. Non pas qu’il s’agisse d’un paradis perdu : la violence, la domination et les inégalités y tenaient une place toute aussi grande qu’ailleurs et les régulations étaient tout aussi insuffisantes qu’ailleurs. Mais le caractère secondaire de la circulation monétaire, la prédominance des relations personnelles et le caractère central de la tradition orale conduisaient à privilégier la constitution de réseaux sur la fabrication d’institutions, la maîtrise des flux sur l’accumulation de stocks et l’équilibre des échanges sur la concurrence entre produits. 

Est-ce pour cela que cette Afrique s’est mobilisée autour de l’adoption de la Convention pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ? Est-ce aussi parce qu’il est devenu clair que le modèle de développement suivi par les pays industrialisés n’est pas viable à l’échelle de la planète ? 

Toujours est-il que, face à ceux qui considèrent qu’économie et technologie constituent des déterminants fondamentaux, finissant par abolir les différences culturelles, il faut rappeler que, comme chez les êtres vivants, l’uniformisation et l’homogénéisation des cultures constituent un facteur d’appauvrissement et de faiblesse, et signifient à terme la perte du sens du risque et du défi, moteur de l’invention de nouvelles formes répondant à de nouveaux contextes. 

Si aujourd’hui la globalisation, technique et financière avant tout, est un fait qui a sa propre dynamique, elle est loin d’apporter des réponses à ce qui constitue au quotidien les préoccupations et les soucis de l’homme, en quête à la fois de liberté, d’égalité et de solidarité, donc de la meilleure façon d’équilibrer les aspects contradictoires de ces trois aspirations.  

Ces aspirations trouveront-elles une réponse dans la construction progressive d’un nouveau modèle ou dans la soumission au modèle dominant ? C’est le défi auquel doit répondre une jeunesse africaine qui prend clairement conscience à la fois de l’originalité de ses cultures, des métissages prometteurs et de leurs insuffisances. 

Abdou DIOUF

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6 Commentaires

JJO

Date : December 21st, 2007 10:23:37

it is obvious that foreign concept of development for Africa has failed. This concepts has succeeded in creating a wide class divide among we Africans. Any development concept that does not consider the culture of the people is dimmed to fail. So we need an home grown concept of development

lydia laka

Date : December 17th, 2007 03:15:46

I wonder why Africa can not now be left to develope at her own pace and on her own terms? i Know that the stage for development has been set by the western world but considering how Africa was compelled to dump her concept of development and thrown into a state of confusion by the definations of civilisation and development as handed down to her by the colonoialist, It is only fair that Africa be allowed to find her own footing as per Development if the people are to ever move from being spectators in the developmental process to participants, i think being participants in the process of development is sure to speed it up,. What do you think sir?

Dana Kornberg

Date : December 14th, 2007 07:42:26

Dear Sir,

I appreciate your comments.

“It is worth reminding those that consider economy and technology as fundamental and determining factors, that, as is the case with living creatures, the standardization and homogenization of cultures is impoverishing and weakening.”

I wonder where this leaves us in regard to standardized models of “development”?

I would like to think that certain things are not culturally-specific (access to food, good health), but in fact the very definition of these basic necessities varies between different people. When this is the case, shouldn’t everything be administered at the most local level possible?

Rakiya Sambo

Date : December 9th, 2007 01:27:37

Very intersting discussion. We as african youth are taking consideration of facts brought to light regarding development issues. We intend to act following careful examination of issues and ideas raised.

I am a student studing local economic development, and is site really expands my knowledge and philosophy of economic development, though I am finding it impossible to comprehend some discussions in the thread as it’s in french

I would please like to suggest that contributions contributions are made available in alternate languages for the benefit of others. I noticed most of the blogs are in french.

Abdou Diouf

Date : December 7th, 2007 01:33:36

Cette phrase est sortie de son contexte.
Mon propos est d’attirer l’attention sur le problème des modèles de developpement. En ce qui concerne les frontières, toutes résultent, en Afrique comme ailleurs, de processus historiques complexes; l’exemple actuel de la Belgique, créée en 1830 au coeur de l’Europe, montre combien divers sont les déterminants de ces frontières.
Mais aujourd’hui nous vivons dans un monde où des phénomènes résultant de l’activité humaine transcendent très largement ces frontières et où nous allons devoir trouver comment traiter ces phénomènes.
dans cette perspective la diversité des expériences menées par l’humanité est une richesse qu’il faudra savoir mobiliser et exploiter. Si nous cherchons à nous doner mutuellement des leçons, nous avons peu de chance de parvenir à un résultat positif. Si nous essayons de parvenir à un niveau suupérieur de compréhension et de mettre en regard les pratiques de chaque système pour en tirer ce qui conduit à un développement à la fois effectif et en accord avec les biens publics mondiaux dont nous sommes tous responsables, nous pouvons léguer à nos descendants un monde viable et plus équilibré.
Cela dépasse de très loin la question du bénéfice que savent tirer des frontières - de toutes les frontières, internes, externes, nationales ou multilatérales - des spéculateurs sans imagination.

meleze

Date : November 30th, 2007 10:29:25

“d’autres réponses furent possibles dans les rapports entre l’homme et la nature, et entre sociétés humaines”
Est-ce que vous ne vous dirigez pas vers une remise en cause de la geopolitique de votre continent, les frontieres tracées par les puissances coloniales ayant tres souvent partagées ethnies, langues, et civilisation? La famine de 2005 au Niger est ainsi imputée dans un livre récent a un peuple qui est de part et d’autre de la frontiere sud ou il occupe depuis longtemps le commerce des grains.