Les bonnes solutions, au bon moment

Auteur : Josette Sheeran

Date : October 1st, 2008

L’Organisation des Nations Unies a toujours eu des crises à gérer, mais cette année, les délégués à l’Assemblée générale de l’ONU à New York (AGNU) en avaient un nombre exceptionnel. Avec en sinistre toile de fond les turbulences financières de l’Amérique, l’angoisse face à l’avenir était palpable.

L’un après l’autre, les dirigeants mondiaux se sont succédés à la tribune pour expliquer à quel point la hausse des prix de la nourriture et du carburant a été dévastatrice pour les plus démunis de leurs pays, et qu’elle menaçait de renverser la croissance économique et les avancées considérables accomplies dans la lutte contre la pauvreté. Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, a averti que le monde était confronté à une « crise du développement », en exprimant son inquiétude que les pays riches prendront encore plus de retard dans leurs engagements envers les pays pauvres. De nombreux délégués et dirigeants que j’ai rencontrés ont fait écho à ces préoccupations.

Nous étions réunis au siège de l’ONU pour évaluer les progrès accomplis de par le monde pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). La conclusion dégrise: nous sommes déjà en très mauvaise voie pour la réalisation de ces objectifs, et la crise alimentaire mondiale risque de nous renvoyer à la case départ. Comme pour souligner cet état de fait, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié un bulletin consternant, qui coïncidait avec l’AGNU : selon ses recherches, la hausse des prix des denrées alimentaires à enfoncé 75 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire ­– 923 millions de personnes, un chiffre sans précédent, luttent maintenant contre la faim au jour le jour.

Ces chiffres sont de très mauvais augures pour l’OMD 1, qui vise à réduire de moitié la proportion des personnes souffrant de la faim d’ici 2015. Ce sont aussi des nouvelles inquiétantes pour les autres OMD - que ce soit l’éducation primaire universelle, l’autonomisation des femmes, la réduction de la mortalité infantile et de la propagation du virus du VIH/SIDA – car, pour atteindre chacun de ces objectifs, il faut d’abord éliminer la faim aiguë. L’éradication de la faim est la clé de voûte du développement économique, un point c’est tout.

Et quand bien même, si le rapport sur les OMD était décourageant, les couloirs de l’ONU grouillaient avec l’enthousiasme suscité par le rôle de plus en plus important que joue le secteur privé dans la lutte contre la pauvreté. Comme quoi, les crises créent réellement des opportunités. Malgré le climat d’incertitude financière, ce phénomène est très prometteur et source d’espoir.

J’ai eu le privilège de travailler avec deux des plus éminents dirigeants d’entreprise au monde – Bill Gates et Howard Buffet – pour lancer un nouveau partenariat public-privé passionnant, « Les Achats au Service du Progrès » (de l’anglais « Purchase for Progress » - P4P). Le président de l’Ouganda, Yoweri Museveni; le président du Rwanda, Paul Kagame; le président de la Tanzanie, Jakaya Kikwete; et la première dame du Guatemala, Sandra Torres de Colom, nous ont rejoint pour la cérémonie de lancement au siège de l’ONU.

La Fondation Bill & Melinda Gates – qui s’est déjà engagée à investir plus de 900 millions de dollars pour le développement agricole dans les pays pauvres – s’est unie à la Fondation Howard G. Buffett et au gouvernement belge pour investir 76 millions de dollars pour les projets de l’initiative P4P.
Sur fond de crise alimentaire mondiale, nous attendons de l’initiative P4P qu’elle rénove le concept traditionnel de l’aide alimentaire : cette initiative permettra de transformer la manière dont nous répondons à des besoins désespérés – des vivres pour survivre – en une opportunité d’autonomiser les petits exploitants agricoles, pour renforcer leurs capacités et encourager une croissance réelle. Pour Bill Gates, il s’agit d’une “transformation”. Quant à moi, cette initiative est véritablement une révolution de l’aide alimentaire.

Comment cette initiative fonctionne-t-elle? Comme je l’ai écrit dans mon dernier post sur les achats locaux, le PAM est l’un des plus grands acheteurs au monde de denrées agricoles. En 2007, l’agence a dépensé 612 millions de dollars dans 69 pays – et en dépensera vraisemblablement un milliard en 2008. La « transformation » concerne la manière, dont nous achetons la nourriture. Plutôt que de faire des achats unitaires en fonction des besoins, de la disponibilité et des prix, nous allons initier des contrats à long terme ; ces contrats génèreront des revenus garantis, qui, par la suite, permettront aux agriculteurs de planifier à l’avance et d’acheter des semences, des engrais et du matériel, qu’ils ne pourraient pas se permettre d’acquérir autrement. Plus confiants et disposant de plus d’argent, les agriculteurs seront incités à investir dans la production de l’année suivante – ce qui améliorera les conditions de vie de leur famille et stimulera leur fragile économie locale. En tout et pour tout, nous prévoyons d’aider quelques 350 000 agriculteurs démunis dans 21 pays à sensiblement augmenter leur revenu. L’initiative P4P est une solution, où tout le monde gagne : nous aidons les plus démunis, qui souffrent de la faim et nous aidons les agriculteurs locaux, qui n’ont qu’un accès restreint ou inexistant aux marchés, sur lesquels ils pourraient vendre leurs récoltes.

Nous allons progressivement augmenter nos achats locaux pour nos cantines scolaires de par le monde. Permettez-moi de développer la question de l’alimentation scolaire, qui est l’un des investissements les plus rentables pour l’avenir de notre planète. Avec seulement 25 cents de dollar par jour pour nourrir un enfant à l’école, l’alimentation scolaire possède des bienfaits multiples. En cette période de hausse des prix de l’alimentation, elle fournit une sécurité sociale essentielle, qui contribue à satisfaire les besoins de ceux qui ont faim et à améliorer la stabilité sociale. Le PAM a étendu ses programmes d’alimentation scolaire pour les enfants pendant les vacances scolaires en Guinée, au Sénégal et en Haïti, où je me suis rendue récemment pour évaluer les dégâts provoqués par quatre tempêtes successives. Quand les écoles rouvriront le mois prochain, les repas de midi seront essentiels, pour nourrir les enfants et les aider à se concentrer sur leurs leçons, plutôt que sur la provenance de leur prochain repas.

L’alimentation scolaire est le programme le plus abordable et efficace de protection des droits humains des filles que je connaisse. Elles représentent la moitié des écoliers que nous nourrissons. Celles qui passent au moins cinq ans à l’école sont moins susceptibles de se marier jeunes, d’avoir des grossesses précoces, d’être victimes du trafic de personnes ou de contracter le virus du VIH/SIDA. Si elles sont présentes à l’école sans faute, beaucoup d’entre elles reçoivent des rations à remporter à la maison -un sac de riz supplémentaire ou de l’huile. Avec ces rations, elles deviennent le “gagne-pain” de la famille, ce qui élève leur statut, particulièrement dans les sociétés conservatrices. Ainsi, plus de filles vont à l’école et y restent. Presque partout dans le monde, quand le PAM met en place un projet d’alimentation scolaire, le taux d’inscription des filles dans cette école augmente de 28%. Une étude après l’autre nous a confirmé que l’éducation des filles est la base du développement économique.

La prochaine étape sera d’atteindre l’impact nutritionnel maximum, en travaillant non seulement avec nos propres nutritionnistes, mais aussi avec des entreprises qui souhaitent améliorer la nutrition dans le monde en développement. Dans la prochaine vague d’aide alimentaire, on trouvera le moyen d’augmenter la teneur nutritionnelle de nos repas scolaires et d’autres aliments, d’améliorer les emballages pour qu’ils conservent mieux les vitamines et les minéraux et pour qu’ils respectent davantage l’environnement.

Dans l’ensemble, cette semaine à New York a été inouïe. De voir le secteur privé faire de tels efforts d’investissement dans le développement – un domaine traditionnellement réservé aux pouvoirs publics ou aux organismes à but non lucratif- m’a énormément encouragée. C’est en travaillant ensemble par des partenariats public-privé novateurs, que les citoyens les plus démunis de notre planète pourront être acteurs de leur propre avenir – et du nôtre – en brisant le cercle vicieux de la faim et de la pauvreté à sa source.

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6 Commentaires

Virginia Kamau

Date : November 11th, 2008 11:36:12

I believe that the P4P programme is an excellent initiative however I believe that more initiaive should be taken in building local institution capacity and capability to be able to take over the managing of the initiative in the long run. In this I see a good opportunity for cooperation within the UN, Private sector and national governments.

CCFD - Terre Solidaire -CCFD - Terre Solidaire - Guest Commentator / Commentateur Invité

Date : October 10th, 2008 05:01:13

Le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD-Terre Solidaire) salue cette initiative qui consiste à garantir des revenus aux agriculteurs pauvres des pays du Sud en leur assurant sur trois ans, l’achat par le Programme Alimentaire Mondial de leurs excédents de production.

Elle constitue, pour un organisme international une avancée certaine vers le renforcement des capacités des paysans du sud. Des initiatives similaires, certes à des échelles plus modestes, ont été mises en place de longue date, par des ONG de développement. Ainsi, par exemple, l’ONG Afrique Verte a développé un projet, au Niger, depuis 1987, qui consiste à structurer la production, la transformation et les échanges commerciaux de céréales locales pour approvisionner les zones déficitaires en production agricole dans le pays. Afrique Verte, soutenue par le CCFD, est aussi présente au Mali et au Burkina.

La solution d’un approvisionnement local par le PAM est réclamée depuis de nombreuses années par des ONG de développement. Le PAM a déjà développé ses achats sur les marchés locaux, qui représentent aujourd’hui 19% de son aide alimentaire totale (610 milliard de $, dont 900.000 tonnes achetées en Afrique). Ce qui est nouveau dans le programme P4P, c’est la relation directe et stable que ce programme veut nouer avec les petits producteurs, pour l’appui à la production et la garantie d’achat de leurs excédents. Malheureusement, il ne semble pas que l’on puisse espérer un véritable changement d’échelle pour ce programme :

- Le programme « P4P » est conçu comme une initiative pilote financée par un partenariat public privé sur 3 ans entre le PAM, deux grandes fondations et le gouvernement belge, pour 21 pays, avec l’objectif de toucher 350.000 agriculteurs au total. Pour l’instant le financement qui sera consacré au programme est de 76 millions de dollar pour 5 ans, ce qui est peu, à la fois par rapport au budget total annuel du PAM (seulement 12.4% du montant total des achats de 2007) et aux besoins mondiaux évalués à plusieurs milliards de dollars.

- Les Etats-Unis ne semblent pas disposés à accepter une généralisation de ce programme. Plus gros contributeur du PAM en 2008 avec 1.7 milliards $ soit 42.5% du montant total des contributions étatiques, le gouvernement américain impose une contrainte de taille puisqu’il offre une contribution en nature. Et la récente proposition de Georges W. Bush de transformer 25% en contribution financière a été refusée par le Congrès américain.

Au-delà de ces aspects strictement budgétaires, le programme « P4P » soulève plusieurs questions de fond :

- Les modes de production encouragés par ce programme, tout d’abord à travers le recours à des intrants (engrais, semences, aliments pour le bétail) auprès de « fournisseurs spécialisés ». Ne peut-on craindre que ce ne soient eux les premiers à profiter de cette initiative, puisqu’il apparaît que, très probablement, les bénéficiaires devront s’approvisionner obligatoirement auprès d’eux ? Quid de la capacité des petits producteurs à poursuivre cet approvisionnement au-delà de la durée du programme du PAM ? D’autre part, quelle réflexion sur les modes de production accompagne cette démarche ? Depuis des années, les mouvements paysans et les ONG cherchent à encourager l’amélioration de la productivité des paysans par le recours aux savoirs faire locaux, à des intrants non chimiques, à des semences locales améliorées. Si le programme vise à accroitre la dépendance des petits paysans pauvres aux intrants chimiques et semences importées, qui sont de plus en plus chers, cela ne va pas nécessairement dans le sens d’une amélioration de leur situation, ni de la souveraineté alimentaire de leur pays.

- Pour un réel impact sur les agricultures, on ne peut faire l’impasse sur le manque d’infrastructures dont souffrent la plupart des pays pour la production, la transformation et le conditionnement à grande échelle. Une agriculture locale ne pourra véritablement se développer que si elle a à sa disposition ces infrastructures, qui ne peuvent être financées que par la puissance publique ou les collectivités locales quand elles existent : routes, fourniture d’eau et d’énergie, stockage sont des équipements couteux qui ne peuvent pas être pris en charge par les petits producteurs. Certes le PAM évoque l’inscription de ce programme dans des partenariats avec la Banque Mondiale et les gouvernements locaux, mais nous aimerions en savoir plus sur les stratégies d’investissement ainsi engagées. Par ailleurs, le PAM ne se positionne jamais contre l’ouverture des marchés et la concurrence mondialisée sur l’agriculture. C’est pourtant l’une des causes majeures des difficultés des petits paysans à développer leur production et à accéder aux marchés locaux. Sans protection des marchés agricoles, les agricultures locales ne pourront pas se développer.

- Enfin le partenariat entre deux fondations privées et le PAM masque un fait dérangeant : actuellement le PAM n’est pas autorisé à s’engager sur de tels contrats avec des producteurs agricoles qui garantissent des prix d’achat fixés sur trois ans ; c’est en fait ces fondations qui vont signer de tels contrats. Se pose donc la question de la réforme des règles de fonctionnement d’un organisme international tel que le PAM, si l’on ne veut pas que de tels mécanismes dépendent à terme uniquement du bon vouloir de fondations privés.

La résolution de la crise alimentaire passe par la prise de conscience par les Etats et les organismes internationaux de la nécessité d’un véritable renforcement de l’agriculture locale ; c’est semble-t-il, ce qui a prévalu dans les conclusions du dernier sommet de la FAO en juin 2008. L’initiative « P4P » du PAM constitue une étape intéressante dans la mise en œuvre d’outils pour effectivement renforcer, de façon malheureusement encore trop anecdotique, cette agriculture locale. Il reste encore à mobiliser des fonds, des moyens humains, beaucoup plus importants et engager des politiques économiques et commerciales adéquates, pour atteindre les objectifs du millénaire dès 2015.

Antoine Malafosse
Délégué général
CCFD-Terre Solidaire
http://www.ccfd.asso.fr

Nomikos Zervos

Date : October 10th, 2008 01:29:57

please define long term. In other words what is the time horizon of th contracts and more specifically the farmers. If you mean long term by using 2 year contracts ok but if it is more then the whole world will experience a second world KRAX much more devastatin than the first one. Rebuild the worlds financial economy with the use of short term. and by filling the bag alowply, effectively, efficiently and appropiately.

BethP

Date : October 8th, 2008 06:18:42

Transformation! Thank you for highlighting how crisis has bred opportunity in this situation. It seems the crisis has been a catalyst for world leaders and the private sector to take action, and swiftly.

What are other examples of good public-private sector partnership, and how can these partnerships be facilitated?

Che Thuy Nhu

Date : October 8th, 2008 06:15:08

This is the experience for reducing the drop -out rate in Schools in Vietnam. I have foward it to education’s net work in Vietnam.This is our’s problem .
As my experience : the difficult is how to manage the support ? So it really go to childrens as more as possible. It will help develop also the good teachers .
About the project P4P, In Vietnam so companies stars advance the money for farmers for buying seeds, fertilize … and buy the crop after .
But I don’t clear how the International agencies can do it in Vietnam.Because the law’s system is changing now .
I will send the feed back to Forum later .
Thank you

Ron Brinn

Date : October 2nd, 2008 02:03:27

Really want to reach MDG’s

Freeze and Seize the trillions in illicit global funds.

All MDG’s can be met with political will

We are fast approaching MDG/ODA…..DOA.

for more info. see http://www.UNODC.org

StAR

Stolen Asset Repatriation Program