Rendez-vous avec l’Afrique à Copenhague


Auteur : Jean-Michel Severino

Date : 16 décembre 2009


Le Protocole de Kyoto s'achevant fin 2012, la conférence des Nations Unies à Copenhague a pour objectif de définir un nouvel accord international sur le climat. Avec ces négociations, nos pays s’engagent dans l’un des exercices d’action collective les plus complexes et les plus déterminants qu’ils ont eu à gérer dans l’histoire des relations internationales. Il s’agit ni plus ni moins de la préservation d’un environnement propice à la survie et au développement d’une humanité de 9 milliards d’habitants. Nul besoin de revenir sur l’enjeu de l’accord, maintenant bien connu. Considérons plutôt les conditions du succès de négociations que de nombreux commentateurs estiment aujourd’hui mal engagées.

 

Certaines d’entre elles sautent aux yeux : la poursuite du leadership et de l’exemplarité dont l’Europe a fait preuve ces dernières années sur le dossier climatique, l’approfondissement des avancées américaines initiées en octobre à la conférence de Bangkok et la volonté des grands pays émergents à s’engager dans des politiques ambitieuses de réduction des émissions de gaz à effets de serre figurent sur le chemin critique d’un accord efficace.  

 

La place de l’Afrique dans l’agenda climatique est, en revanche, largement négligée. Les émissions subsahariennes, estimées à 3 à 4% seulement des émissions mondiales d’origine humaine, intéressent peu. Pourtant l’Afrique occupe une place centrale dans la crise environnementale globale, à trois titres.

 

Premièrement, l’Afrique serait la première victime d’un dérèglement climatique – avec des effets sur la planète dans son ensemble. Les experts s’accordent sur le fait que le continent subira certains des changements les plus importants alors même que les capacités de réponse des sociétés africaines sont parmi les plus faibles du monde. De nombreux pays africains sont déjà confrontés à la diminution de la pluviométrie, à la dégradation des sols, à l’épuisement de précieuses ressources naturelles, or deux subsahariens sur trois tirent leurs revenus de l’environnement. Les impacts de cette vulnérabilité sur le reste du monde pourraient être considérables sur les plans économiques, sociaux, migratoires et sécuritaires vu que l’on parle d’un continent qui hébergera au moins deux milliards d’habitants en 2050.

 

Deuxièmement, l’Afrique est l’un des acteurs importants de la crise environnementale globale. Le continent a vu son couvert forestier fondre de 10% entre 1990 et 2005 – soit plus de la moitié du recul enregistré dans le monde. Par ailleurs, alors que les pays les plus pauvres d’Afrique sont aujourd’hui ceux dont le contenu de l’énergie en carbone est le plus élevé, l’Afrique remportera le palmarès de la plus forte croissance des besoins énergétiques ces cinquante prochaines années. Le sort de la planète se verra influencé selon que ces besoins énergétiques sont comblés par des énergies fossiles ou renouvelables. C’est donc aussi en Afrique que se jouera la bataille contre le changement climatique. 

 

Enfin, de par son patrimoine naturel considérable, le continent africain détient quelques-unes des clés les plus puissantes pour lever la vaste trappe écologique en formation à l’échelle de la planète. Riches de 220 millions d’hectares, les forêts du bassin du Congo constituent le deuxième bloc forestier tropical au monde. A l’heure où les émissions globales s’emballent, cette gigantesque machine à séquestrer le carbone constitue, tout comme les sols agricoles, l’un des maillons essentiels de la régulation climatique. Il est primordial que l’accord de décembre reconnaisse la contribution africaine aux équilibres mondiaux, et permette de la valoriser. Car, ces efforts de préservation des ressources naturelles et de maîtrise du vaste potentiel d’énergies renouvelables du sous-continent représentent un coût. Si l’humanité considère la capacité de stockage du carbone des biotopes africains comme un bien public mondial, alors il est juste que chacun contribue à sa protection. La course contre la montre est donc engagée pour trouver les mécanismes qui permettront cette préservation et le basculement vers des modèles énergétiques durables.

 

Trois pistes prometteuses devront se concrétiser rapidement.

 

  • La première est d’accroître le recours aux outils existants, à l’instar des Mécanismes de Développement Propre (MDP) – qui permettent à des acteurs du Nord de valoriser la mise en place de projets réducteurs d’émissions dans les pays du Sud. L’Afrique est jusqu’à présent passé à côté de la manne des MDP : moins de 2% des projets labellisés à date concernent l’Afrique, contre 73% pour l’Asie. Le continent doit constituer la nouvelle frontière du marché carbone.
  • Le second chantier à concrétiser est la mesure et la rétribution de la « déforestation évitée » et du stockage de carbone par les sols africains. A l’heure où l’humanité prend conscience de la valeur de la biodiversité et de l’importance des sols et des forêts dans la régulation climatique, l’Afrique a beaucoup à gagner de se faire gardien d’un patrimoine essentiel à la survie de l’humanité. Cela représente un enjeu de plusieurs milliards d’euros, qui pourrait constituer l’un des relais essentiels de croissance économique pour l’Afrique dans une ère post-pétrole. 
  • Enfin le plan « justice climat » promu par la France et d’autres à Copenhague, qui vise à aider l’Afrique à élargir l’accès de ses habitants à une énergie propre, est crucial à l’heure où les trois quarts des habitants d’Afrique subsaharienne n’ont pas accès à l’électricité. Il y a là un enjeu de justice, mais aussi de régulation climatique. Allier les forces du public et du privé pour équiper les 2 milliards d’Africains en énergie durable sera l’un des grands défis des prochaines décennies.

 

Les pays africains ont par le passé eu du mal à faire entendre leur voix dans les grandes négociations internationales. La décision de faire bloc à Copenhague représente un pas en avant important. Toutefois l’Afrique et ses partenaires devront à leur tour s’allier pour faire valoir que l’exploitation durable du potentiel environnemental africain dans l’intérêt de tous figure, lui aussi, sur le chemin critique d’un climat viable. 

 

JMS

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5 commentaires

Pradip Dey

Date : 15 mars 2010, 13:02

Dear Jean-Michel,
Good day!
Just gone through your nice article in the context of Africa vis-à-vis climate change. In my opinion, mitigation of climate change is related to development and development is related to good governance. Ultimately, good governance is the key to the solution of many problems in Africa. Further, my comment on EVOKE blog that ‘sharing is caring’ was received enthusiastically by many. This is also somehow missing in Africa. I would like to know your reaction please. Thanks and regards.

el hadji mamadou toure

Date : 06 février 2010, 13:39

Pour que ce sommet ne soit pas biaiser il faudra prendre plus de mesure.Cela doit etre strictement protectionniste car la pollution est beaucoup plus nefaste dans les pays les moins avancés qu'au pays developpés.Moi ce que je veux en est que des décisions ne doit pas etre prise de facon uni dimensionnelle mais chacun des partis doit pendre sa part entiere.mon tel c'est 00221772754013

sys enr panneaux solaires

Date : 06 janvier 2010, 15:12

Sans compter l'extension du sahara, mais perte de 10% de la surface forestière, c'est énorme ! C'est incroyable. Ca me rappelle en france quand on a décidé de détruire les bosquets entre les champs pour plus de facilité pour les exploiter : résultat il n'y avait plus de barrière au vent et, au final, les champs se faisaient dévaster.

L'Afrique est une des premières victimes et la dernière à polluer, c'est vraiment incroyable... Mais, il y aurait tant de choses à dire sur l'Afrique, je suis content de voir que votre organisation les soutienne. Bravo.

Che Thuy Nhu

Date : 18 décembre 2009, 10:20

To Mr Jean-Michel Severino
Last week I bought big Dictionary French - Vietnamese .I learned elementary French long time ago .I do hope my French will be improve later.
I think the green tree is important for CO2 emission ? And Africa are countries of sand, lack of water and desert .How the green tree can be developed in wide area ?
Vietnam and East South -Asia have more conditions for green tree and forest . Now this is time STOP destroy forest for other puposes . Same days ago we see in Central television the ideas made furniture in the house by metals with nice flowers .My mother said : is is good , tehy will not cut the tree in the forest . Now only work to made them like furniture made by metal or plastic .
You are right in Africa , develop the solar energy is possible . The same condistion can be do in Vietnam and East South Asia. The same way with energy from WIN .
I think very important that the donors , the investers first as high educated people have to think first about how it will be impact to the global climate .
In Vietnam we all know the case of Company VEDAN, their product is spice to food . They polluted the River Thi vai ( In South Vietnam ) .Because they intend do not clean water -out before pour it to river .Fishs died, tree , plant near river die .Some day ago they pay 127 billions VND ( 1 US D nearly 18000 VND ) for enviromental fund after decision of punishment commitee .Now they have continue clean the river .
Buyer in supper -market said : do not buy VEDAN products .
Poor people.with low education back ground ,they don't know about the last results .
Donors and investors have to know about climate change and environment protection .
I don't know where money put is more better : to Africa or to Pacific .But climate change should be consider by high level decision before put money for development .
In same case : No money is Environment protection.Let it be
Thank you









Clavreul

Date : 17 décembre 2009, 16:08

Merci à Monsieur Jean-Michel Severino pour ses constats et propositons concrètes en matière d'environnement pour l'Afrique.
Je me permettrai d'ajouter quelques propositions . Certaines se recoupent avec celles énoncées plus haut . Cependant, l'abondance ne peut nuire.

LUTTER CONTRE LES GAZ AEFFET DE SERRE ET AMELIORER
LA PRODUCTION AGRICOLE DES PAYS DU SUD : C’EST POSSIBLE

Au moment où de nombreux appels se font ici et là pour alerter les responsables du monde entier qui se retrouvent à Copenhague, il est possible de communiquer un message d’espoir.
C’est le moment de lancer quelques propositions réalistes et peu onéreuses au regard de leurs impacts sur l’avenir de la planète.

Quand nous parlons de production de gaz à effet de serre nous pensons en premier lieu à la combustion des énergies fossiles, à la destruction des forêts, à la production de méthane par les herbivores et notamment des bovins et nous oublions la production du méthane dans les rizières irriguées du monde entier. (les rizières irriguées sont à l’origine de 60 millions de tonnes de méthane par an)

Dans ce contexte, nous nous devons de faire des propositions constructives et innovantes à ceux qui prendront des décisions lors de la conférence de Copenhague. Là, nous pensons particulièrement aux pays du Sud. La réplique au problème du réchauffement climatique devrait permette de développer une gestion positive de l’environnement et de répondre à la Souveraineté alimentaire de ces pays. Par exemple :

 faciliter et soutenir le développement d’une riziculture familiale qui ne produit pas de gaz à effet de serre. Cette méthode le Système de Riziculture Intensive mise au point à Madagascar par l’agronome et Jésuite Henri de Laulanié permet des rendements multipliés par quatre avec moins d’eau et sans production de méthane. Elle permettrait de diminuer la production d’1.200.000.000 de tonnes de méthane en 20 ans. Ce n’est pas négligeable.

 Proposer des modèles de plantations de familiales de palmiers à huile qui permettent de restaurer les écosystèmes tout en permettant à des familles de bien vivre de leur exploitation. Le WWF et d’autres organisations comme le PNUE devraient être les promoteurs de telles réalisations pilotes et imposer ce modèle à tous ceux qui veulent cultiver du palmier et/ou le jatropha curcas. L’UE devrait être aussi associée à ce type de proposition puisqu’elle prône l’incorporation de 10% de biocarburant dans les carburants.

 Lutter contre la désertification en restaurant les sols par la création de haies vives et la plantation d’arbres à usages multiples en vue de la production d’énergie et améliorer la fertilité des sols. Ces plantations permettraient de mieux gérer l’eau et de stocker de grande quantité de carbone. Voir l’expérience de la ferme de Guié au Burkina Faso.

 Installer des brise-vent autour des grands périmètres irrigués afin de produire du bois, des fruits, de l’énergie sur place, d’économiser l’eau et de lutter contre les pollutions chimiques des nappes phréatiques et des fleuves…La création de brise-vent permettraient de planter des milliards d’arbres et de combattre efficacement contre les gaz à effet de serre.

 Soutenir l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte qui vise une à la mise en place d’une vaste zone agro-syvo-pastorale de 7.775 Km de long sur 15 Km de large partant du Sénégal pour aller jusqu’à Djibouti. Je suis personnellement impliqué dans cette réalisation.

 Développer une véritable stratégie de communication sur le thème de l’environnement dans chaque pays Africain en utilisant les média en place afin de donner la parole aux acteurs innovants en matière de protection et de gestion de l’environnement. ( agriculteurs , éleveurs, hommes, femmes et enfants )

 Donner les moyens et la formation nécessaire aux agents de l’environnement, de l’agriculture et de l’élevage afin qu’ils puissent développer avec les populations une approche participative de réponse locale sur les thèmes de la CES/DRS et de la production locale d’énergie.

Voici quelques propositions originales qui pourraient être faites lors de la Conférence de Copenhague afin de soutenir l’agriculture familiale en luttant contre les gaz à effet de serre.


Jean Yves CLAVREUL Consultant en communication pour le développement durable.

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