Réformer la finance mondiale


Auteur : Supachai Panitchpakdi

Date : 09 septembre 2009


La crise économique et financière mondiale et les moyens d’y remédier ont fait la une des journaux et monopolisé les débats publics cette année. La tourmente financière qui a débuté avec l’effondrement du marché américain des crédits hypothécaires à risque est d’une ampleur sans précédent depuis les années 30. Toutefois, des données économiques positives venant d’Asie et d’Europe ont récemment laissé entrevoir un redressement de l’économie mondiale et conforté les solides positions budgétaires adoptées par les nombreux gouvernements qui se sont efforcés d’appliquer des mesures contracycliques à leur économie. Les plans de relance semblent donner des résultats - ou du moins ont‑ils empêché la situation de s’aggraver - mais, bien sûr, les mesures de relance immédiate nécessaires ne s’attaqueront qu’aux symptômes de la crise. Les causes profondes nécessiteront un ensemble différent de mesures, visant à réformer le système financier mondial.

 

Il semble effectivement y avoir désormais accord - avec même l’adoption de quelques mesures déjà - sur la nécessité de réformer l’architecture financière mondiale. Toutefois, les actions et les propositions à ce jour se sont limitées à des choses relativement marginales, par exemple donner plus de voix aux pays en développement au sein du Fonds monétaire international, renforcer la supervision des banques, voire éliminer les paradis fiscaux (sans qu’il y ait de lien évident avec la crise actuelle). En revanche, relativement peu de débats publics ont été consacrés aux plus larges problèmes systémiques et à des réformes plus fondamentales de la finance mondiale. Cela sera néanmoins nécessaire, et le Rapport sur le commerce et le développement, 2009 de la CNUCED énonce plusieurs idées qui pourraient être approfondies par les décideurs à cet égard. J’évoquerai ici brièvement quelques‑unes des conclusions du Rapport 2009; pour en savoir plus, vous êtes invités à consulter le site Web de la CNUCED.

 

Reréglementer la finance mondiale

Il est de plus en plus admis que le modèle d’une finance mondiale déréglementée a échoué. Fondé sur le mythe de la suprématie du marché, ce modèle n’a pas su tenir compte du fait que les spéculateurs sont sujets à des comportements grégaires, et que les marchés n’évaluent pas toujours le risque correctement. Et cette crise mondiale n’est que la dernière d’une série de crises qui ont malheureusement montré que les marchés étaient faillibles.

 

En outre, on a sous‑estimé la possibilité qu’avait le secteur bancaire de «contourner» la réglementation en transférant simplement les actifs à risque à des institutions non bancaires moins réglementées, créant ainsi un véritable «système bancaire fantôme». À son apogée, le système bancaire fantôme des États‑Unis détenait des actifs représentant quelque 16 000 milliards de dollars, environ 4 000 milliards de plus que les banques de dépôt réglementées. La réglementation s’appliquant surtout aux banques, c’est l’effondrement du système bancaire fantôme qui a déclenché la crise.

 

Face à cette situation, le Rapport sur le commerce et le développement, 2009 de la CNUCED appelle à une réglementation plus poussée des marchés financiers, et en particulier des instruments financiers complexes. Une des premières tâches des instances de réglementation devrait être d’éliminer les instruments financiers qui ne font qu’accroître le risque sans véritable bénéfice social.

 

Pour éviter les arbitrages, une telle réglementation devrait s’attaquer aux excès de la spéculation financière dans tous les secteurs. Se contenter d’instaurer des réglementations nationales pour empêcher des bulles immobilières et la création d’instruments financiers à risque ne ferait qu’intensifier la spéculation dans d’autres secteurs, tels que les marchés de valeurs ou les marchés à terme de produits de base, comme nous l’avons vu l’an dernier.

 

De même, les réglementations ne devraient pas s’appliquer qu’à une seule région. Les instances de réglementation partout dans le monde devraient communiquer et échanger des informations, fixer des normes et éviter toute «course au moins‑disant» en matière de réglementation financière dans l’espoir d’attirer des fonds d’investissement. Mais ce serait aussi une erreur que d’imposer des normes réglementaires uniformes: il ne saurait y avoir un seul et unique système réglementaire valable pour tous les pays.

 

Un système de taux de change multilatéral

Une autre forme de spéculation qui appelle une réponse globale est la spéculation monétaire. Au cours des deux dernières décennies, des politiques intérieures à courte vue et un système financier international non réglementé ont incité les investisseurs financiers à profiter des possibilités à court terme offertes par des politiques monétaires divergentes dans différents pays. Avec le système de «carry trade» (stratégie de portage), des milliards ont été empruntés dans des pays où les taux d’intérêt étaient faibles pour être investis dans des pays où les taux d’intérêt étaient élevés, dégageant d’importants profits à court terme pour les investisseurs et gonflant artificiellement la valeur de la monnaie des pays recevant ces capitaux. Avec la crise financière, cette «bulle» spéculative sur les taux de change a éclaté.

 

Les retombées de cette spéculation monétaire à court terme ont contribué à l’effondrement de la valeur de certaines monnaies nationales alors que la crise économique mondiale s’intensifiait. Cela a considérablement aggravé les dommages économiques de la crise pour certains pays. La couronne islandaise a ainsi perdu 51 % de sa valeur (par rapport au dollar des États‑Unis) au second semestre de 2008. Par la suite, une nouvelle vague de dévaluations a correspondu au dénouement de positions de spéculateurs et aussi aux chocs subis par le secteur financier mondial dans son ensemble.

 

La première mesure à prendre pour contrer de tels effets déstabilisateurs est d’éliminer la plupart des incitations à la spéculation à court terme sur les monnaies. La CNUCED propose donc un nouveau système multilatéral de gestion des taux de change liant entre elles les principales monnaies et les monnaies satellite (au niveau mondial ou au niveau régional) de façon à maintenir des taux de change réels effectifs à des niveaux relativement constants. Les taux de change nominaux seraient ajustés pour tenir compte des différences de taux d’inflation entre les pays partenaires commerciaux. Ainsi, les taux de change réels resteraient constants, autorisant une concurrence équitable entre producteurs de différents pays et empêchant une spéculation potentiellement dommageable.

 

Il va sans dire que ce ne sont là que quelques suggestions, qui devront être analysées plus avant et affinées. Toutefois, nous devons veiller à ce qu’un tel débat sur les larges enjeux systémiques ait bien lieu et que cette réforme ne tombe pas dans les oubliettes. Après la crise asiatique de 1997‑1998, plusieurs rapports contenant d’ambitieuses recommandations quant aux réformes absolument nécessaires ont été publiés. Quelques‑unes des réformes proposées auraient pu aider à empêcher la présente crise. Malheureusement, l’économie mondiale s’étant redressée, elles sont en grande partie restées lettre morte. Ne refaisons pas la même erreur.

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10 commentaires

EAMK

Date : 09 avril 2010, 01:29

I’d like to pick up on the point of harmonisation that you mention in your blog entry.

You advocate that financial regulators pool knowhow on a pan-regional basis, and should set common standards in financial regulation. Leaving aside the complex legal issues in implementing such an ambitious undertaking, I think it important to highlight a couple of key variables which would challenge the practical potential for implementation of this plan. For example, over-regulation tends to stifle innovation, or at the very least, it encourages innovative methods to remain within the letter, but not within the spirit, of the law. The real question here is whether a race to the bottom could realistically be avoided, for in the absence of a world government, there’s always going to be the renegade countries which attempt to capitalize on a glaring economic opportunity. A case in point is the much-maligned Irish government policy in relation to Corporate Tax. At a rate far undercutting the EU-average, Ireland’s government boasted an enviable track record of inward foreign investment motivated in large part by the prevailing tax base.

With this in mind, backtracking to the idea of a more globalised form of market regulations, it is important to consider the implications for the developing world. At present the governments of developing countries can claim, with some justification, that a democratic deficit continues to exist in terms of their representation in global financial institutions. This issue, which has implications for some 5/6ths of the world’s population, is unlikely be solved by further regulation through the global governance status quo. Inevitably, developing countries will look to examples such as the Irish corporate tax model in their search for ways to introduce national competitive advantages within an increasingly homogenized global financial regime. Surely we should reflect further on the global picture, before jumping headlong into sowing the seeds for any future breakdown in trust in the financial markets, at the hands of a global financial regulatory regime in which the loyalty of its stakeholders would remain forever dubious.

Che Thuy Nhu

Date : 27 octobre 2009, 13:01

Dear Supachai Panitchpakdi and friends in the Forum .
Now in Vietnam you can hear projects , projects .Every where people waite projects , seeking projects and afraid projects .
It can be money for some persons , and it can be trouble for some communities .
In general development is good . Because of changing the management rules , people can pay money and changing came from private funds .I read some where, 60% house in Hanoi build by private money .
But for state projects : it terrible in same places .They approval projects,they take the lands and no money The projects can't be expanding .People can't live normal .They waite payment from government , they waite new construction plan ... the life is not normal
What I dream in Hanoi : Do not put money for destroying old parts of Hanoi.Let it be OLD HANOI . Put money to the new place where you do not destroy any things , build new -NEW HANOI .
When people came to put projects : please think very carrefully about mobilization domestic money .The rules are changing , so it not easy to mobilize .
It can be troule If Investor do not know carrefully domestic rules.
Thank you


Alexis

Date : 25 octobre 2009, 13:44

Je partage certainement l'argument sur la mise en place de mesures qui visent à empêcher la spéculation sur les monnaies et/ou les distorsions sur le marché des changes, ainsi que la conclusion. En revanche, je ne partage pas la minimisation des conséquences potentielles de déclarations restées, malheureusement, sans effet: "les actions et les propositions à ce jour se sont limitées à des choses relativement marginales, par exemple donner plus de voix aux pays en développement au sein du Fonds monétaire international, renforcer la supervision des banques, voire éliminer les paradis fiscaux". Le dossier suivant, par exemple, met bien en évidence les enjeux sous-jacents à la suppression des paradis fiscaux et à une amélioration de la régulation, de la démocratie et de la transparence dans le domaine de la finance internationale.

http://www.oxfamfrance.org/pdf/dossier_oxfamfrance_paradis_fiscaux.pdf

Estenieau Jean

Date : 25 septembre 2009, 16:17

The article seems to be right on the point, but I must say that "glogal financial and economic crisis" have a very tight relationship with the capitalism system. please correct me if I am wrong. The essence of Capitalism is for the rich to become richer and for the poor to become poorer. Is it fair to say that that the economic cris that we are experiencing right now is favorable to to rich? There is an opportunity to invest in the housing market using the so-called " buy low and sell high" later on. If this statement is correct, there is nothing we can do about it. Ten years later, we are going to experience the same phenomenon.

Estenieau Jean

Date : 25 septembre 2009, 16:17

The article seems to be right on the point, but I must say that "glogal financial and economic crisis" have a very tight relationship with the capitalism system. please correct me if I am wrong. The essence of Capitalism is for the rich to become richer and for the poor to become poorer. Is it fair to say that that the economic cris that we are experiencing right now is favorable to to rich? There is an opportunity to invest in the housing market using the so-called " buy low and sell high" later on. If this statement is correct, there is nothing we can do about it. Ten years later, we are going to experience the same phenomenon.

N.G van der Westhuizen

Date : 12 septembre 2009, 09:56

I think the only way to fix the current financial situation is to redefine our use of technology. I mean, we created financial rules and regulations and we get to change it where we see fit.

Please see the following article as a way to possibly fixing this mess we are in.
http://www.slx.za.net/rtfm/ezine/bank_of_atlantis.html

Javier Martínez

Date : 10 septembre 2009, 17:13

Estimados Amigos:
El articulo que se menciona es muy interesante y a la vez relevante para nuestros tiempos donde la Crisis sigue golpeándo a las economías,pero son las que sienten mas el golpe de la Crisis las pequeñas y sobre todo aquellas en las que no tenga Sistema Financiero bien Regulado.
Esta Crisis para el mundo Capitalista tiene que convertirse en una lección importante,los Mercados se deben regular de manera eficaz y eficiente,de lo contrario se crean torpezas y el mercado se desvirtúa acomodándose mejor a su mejor postura,la que le de mas beneficios y que comparativamente le de expectativas favorables.
Pero no olvidemos que también estamos en un proceso global,donde las Regulaciones en materia Económica-Financiera son cada vez más incierta en su aplicación y hasta en el Efecto mismo,por lo que escribo en este Foro,sirva para relevar el papel de la Sociedad como la que soporta lo acertado o desacertado las Politivas Económicas es decir (las que impactan en el bolsillo) de las empresas,familias y estados.

Ana Laura Gonzalez

Date : 10 septembre 2009, 01:57

No debemos olvidar que venimos de un largo historial de crisis por excesos de transferencia, la crisis de los años 10 del siglo pasado sobrevino por la acelerada transferencia de capitales del campo (de hacendados y terratenientes) a la industria metalmecanica, producto de la acelerada ferrocarrilización del mundo que requería mayores cantidades de acero que de cualquier otro metal o que de granos. Posteriormente la crisis del 29 llevó los capitales hacia la industria de los metales blandos y específicamente hacia el oro, tan aceleradamente que los países ya dependientes del acero y de su combustible, la madera, se quedaron atrás hundidos en una crisis de dimensiones catastróficas. a esta le siguió una nueva transferencia de recursos hacia el agro que dio lugar a una crisis regionalista que se vivió solo en algunos países, pero que trajo su propio apogeo con la época del milagro mexicano, el milagro pampero y otros similares en América Latina, y que consistió en transferir recursos para la industria agrícola, es decir, no solo al campo, sino a la industria de producción agrícola en masa, a este milagro le siguió su propia adevacle cuando abruptamente transferimos todos los recursos hacia la industria extractiva y de transformación, esto trajo su propia crisis, en cada país con versiones tan comunes entre si que generaron grandes movimientos de jóvenes en todo el mundo, en los años 60, posteriormente, la era tecnocrata transfirió estos recursos a la nueva era tecnológica y vivió su propia crisis y finalmente dejamos todo en manos de los grandes emporios financieros buscando la relación mayor ganancia con menor capital y similares y dimos origen de facto a nuestra actual crisis, que dicho sea de paso no es la ultima ni la peor. la realidad es que no hemos aprendido la lección histórica pues el problema no reside en qué sostiene a las economías sino en el exceso de transferencias a ese sector. En el caso mexicano hay bancos que cobran un 87% anual sobre créditos a cinco años, todo el trabajo de esa gente que se endeuda se transfiere a los bancos, sin tocar su economía pero se les permite en pro de la libertad de mercado. ES UN ASALTO EN DESPOBLADO, pero además recordemos que todas estas crisis han tenido un eje común, el incremento del numero de pobres, y es que la transferencia es vertical, de abajo hacia arriba y los pobres transfieren sin saber siquiera que lo hacen. Es necesario modificar el esquema de transferencias de capitales, permitiendo la ganancia para todas las etapas del proceso real y no solo para el ultimo nivel del sistema. Veamos este tema de las transferencias: ya desde el debate de la campesinizacion y descampesinizacion del mundo de Wolf vemos que el nos habla de las transferencias que hace un sujeto social. y de ahí nos agarramos en esta nueva discusión. Los habitantes de México están sujetos a varios tipos de transferencias, primero hacen una transferencia en forma de pagos de servicios que se supone se dan con sus impuestos, mismos que le son substraídos de sus ingresos en forma de impuestos al trabajo y que luego, vuelve a pagar impuestos en el consumo mediante el IVA, luego paga impuestos en cada articulo que adquiere y en los servicios profesionales, pero también paga impuestos sobre los servicios federales, luego paga intereses exorbitantes por cuentas corrientes, cuentas de crédito, y !dios guarde la hora! si adquiere un crédito hipotecario pues pagará cuatro a seis veces el mismo bien. finalmente, si se le ocurre poner algún negocio pagará impuestos por una suma equivalente al 37% de su ingreso, del cual no se deduce su subsistencia y sin embargo tiene que comer, verán, uno tiene esa mala costumbre de comer todos los días, así que si se aprueba la nueva ley de recaudación pagará nuevos impuestos al consumo, lo cual finalmente lo único que hace es des incentivar el consumo.
Creo que la gran solución a la crisis esta en reducir las trasferencias para permitir la acumulacion y así que la gente misma saque al país de la crisis. Desde luego esta no es la panacea, cada país ha vivido su propia versión de la crisis, pero finalmente lo que impera en todas es el exceso de transferencia. Un campesino productor de sandías en Durango México gasta en el año 16000 pesos para producir una hectárea de sandía que le pagarán en excelsos 18000 pesos, ¡¿quien vive todo el año y paga el siguiente ciclo productivo con dos mil pesos mexicanos?!
para mayor información respecto a casos directos de etnografías de la pobreza (incluido el propio) estoy a sus ordenes en mi mail analaura.gonzalezvaldes@gmail.com

Gunnar Rundgren

Date : 10 septembre 2009, 01:46

Sir, those are good intentions. I wonder a bit what "An early task of regulators should be to weed out financial instruments which only increase risk without providing any true social return. " means in reality.

Perhaps I am ignorant, but apart from the vague theory of the "invisible hand" I have never seen proof that normal shares in limited companies provide much true social return. "Risk taking" in general was perhaps a good thing for society in the expansion and colonial phase (but not for those being colonialised), but today risk taking is not only reflected in the financial crisis but also in climate change, biodiversity destruction and all kinds of social problems.

The problem is mainly that legislation protect risk takers, that governments are socialising the failures while the profits are privatised.

BOBANGA

Date : 10 septembre 2009, 00:49

La crise financiere mondiale a bel et bien montre les limites du marche libre. Pourquoi les Etat n'atteindraient que les crises pour agir au lieu de les prevenir. Il est grand temps que la communaute internationale puisse aussi mettre les mecanismes d' accompagement du systeme financier mondial adapte au marche libre.
Et que dire des pays en developpement qui ont des finances precaires surtout en Afrique. Un grand lobbying mondial doit s'affirmer pour un systeme financier mondial equitale.

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